La danse des étoiles

« La danse des étoiles » (Stardance) est un beau roman de science-fiction d’un couple d’écrivains canadiens Spider et Jeanne Robinson (dernières parutions françaises aux éditions ActuSF en version brochée en 2015 et en poche en 2017) qui magnifient l’art de la danse envisagée en apesanteur et en font un étonnant moyen de communication, apte à délivrer un message jusqu’aux étoiles. Ce roman original d’abord paru sous la forme de novellas, obtint de nombreux Prix prestigieux en SF.

Aller là où aucun humain n’est allé auparavant

La danse des étoiles - Spider et Jeanne Robinson - éditions ActuSF
"La danse des étoiles" de Spider et Jeanne Robinson © éditions ActuSF - Illustration : Jamie Oliver ; Graphisme : Atelier Octobre Rouge

Une danseuse extraordinaire

C’est Charles Armstead, ancien danseur devenu opérateur vidéo à la suite d’un accident, qui nous raconte l’épopée chorégraphique et stellaire des « danseurs des étoiles ».

Lorsqu’il rencontre la danseuse Shara Drummond, il est fasciné par son énergie et sa volonté, ébloui par sa beauté et son talent.

Mais Shara est hélas trop grande pour intégrer les troupes de danse moderne qui l’intéressent et sa façon de danser est même presque trop innovante pour répondre aux critères artistiques habituels.

La possibilité de danser en apesanteur, selon ses souhaits, lui permet alors d’explorer toutes les facettes de son talent et sa danse se magnifie. Charles devenu alors son opérateur vidéo, prêt à tout pour la suivre, même jusque dans l’espace, est constamment présent à ses côtés pour filmer ses représentations.

Et lorsque Shara danse, telle une chenille se métamorphosant en un somptueux papillon stellaire, le monde entier retient son souffle, ému par l’éblouissante performance de ses prestations.

« Sa danse devint une vraie danse : davantage qu’une série de mouvements, une chose qui avait substance et sens. (…) c’était le message essentiel et ultime de la plus grande artiste de son époque, et il contenait quelque chose pour Dieu en personne. » (Spider et Jeanne Robinson)

Premiers contacts

Initiatrice d’une conception nouvelle de la danse, Shara est confrontée un jour à des entités extraterrestres apparues subitement dans le système solaire et elle parvient, grâce à sa danse, à les comprendre et à communiquer avec eux.

Avec Norrey, la sœur de Shara et de nouveaux amis, Charles créera plus tard une compagnie de danseurs spécialisés dans cette nouvelle forme de danse libérée de la pesanteur (les « danseurs des étoiles »),qui les emmènera très loin, jusqu’aux environs de la planète Saturne et de son satellite Titan.

Et même beaucoup plus loin qu’aucun d’entre eux n’auraient jamais osé l’imaginer…

L’art de la danse

Je pense que ce qu’essaye de nous transmettre le couple d’écrivains, c’est leur conception de la danse en tant qu’Art Suprême. Un art libérateur capable de transcender les différences, un art communicatif et spirituel porteur d’émotions et d’un langage complexe qui peut s’adapter à toutes les situations, même aux plus inattendues. 

Même s’il n’est pas toujours aisé de saisir le concept de la danse en état d’apesanteur ou de chute libre ainsi que les figures de style créées par les « danseurs des étoiles », les écrivains font leur maximum pour nous les faire comprendre….

Il est évident qu’il n’est pas facile de transcrire en mots et en texte des situations qui ne peuvent réellement être comprises que par la vue (la vision des chorégraphies évoquées), mais les auteurs s’en sortent plutôt bien.

Même si on n’est pas danseur soi-même ou si on n’y connait rien au monde de la danse (ce qui est mon cas), nous réussissons néanmoins à capter l’essence du roman, peut-être parce que l’une des plumes (Jeanne Robinson), est danseuse et chorégraphe elle-même et que l’autre plume (Spider Robinson), ne l’est pas (« uniquement » écrivain SF).

Aller plus haut, aller plus loin

Nous comprenons alors qu’au-delà des mots existent les gestes, qu’au-delà des paroles et des pas pesants de nous autres, habitués à la pesanteur et à la lourdeur, subsiste toute la beauté et la grâce d’une expression à la fois ancienne et constamment renouvelée qui, en état d’apesanteur, transcende tout ce qui existe et devient un fabuleux moyen de communiquer, même avec des extraterrestres.

L’idée est originale certes et pourrait rendre perplexes certains d’entre vous. Mais à tous ceux qui pensent que la danse est un étrange moyen de communiquer avec des êtres d’au-delà des galaxies, pensez-vous qu’elle serait moins efficace et plus sotte qu’une communication basée uniquement sur des signaux envoyés n’importe où dans l’espace ou des informations gravées dans une sonde spatiale en perdition ?

Parce que la danse est aussi un langage vivant, un moyen de communiquer en extériorisant des émotions, l’expression de ce que l’humain a de plus profondément ancré en lui, une libération de ses sentiments intérieurs dissimulés.

Le danseur n’est-il pas alors le messager idéal pour exprimer son ressenti et son humanité aux habitants d’autres étoiles ?

En savoir plus

Sachez que ce roman « Stardance » (titre original de « La danse des étoiles »), a d’abord été publié en deux parties en tant que novella (court roman), en 1977 et en 1978 dans Analog (magazine américain de science-fiction « Analog Science Fiction and Fact » créé en 1930), alors que le roman lui-même date de 1979.

Il fait partie d’une trilogie puisque les deux auteurs ont co-écrit sa suite sous la forme de deux romans : Starseed (en 1991), et Starmind (en 1995), pour l’instant non traduits en français (à ma connaissance).

D’autre part, Jeanne Robinson (décédée en 2010) s’est réellement intéressée au concept de danse en apesanteur et la NASA l’avait même invitée en 1980 à bord d’une de ses navettes spatiales, pour danser dans l’espace, mais cet évènement n’eut malheureusement pas lieu à cause de l’explosion de Challenger qui mit fin aux programmes spatiaux utilisant les navettes américaines …

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